« L’Afrique, c’est trop risqué ! » dit-on. Pourtant les entreprises des pays développées prennent chaque jour des risques infiniment plus importants. Au delà des risques liés aux bulles financières, et sans même parler des défaillances du système telles que les affaires Eurotunnel, Baring, Sesea, Enron, Vivendi, Arthur Andersen, Crédit Lyonnais, Worldcom, Tyco, Parmalat, etc., chaque entreprise occidentale vit sous une épée de Damoclès.
Suite à des acquisitions malheureuses, France Télécom accuse un endettement de 50 milliards d’euros. Quand un éditeur lance une chaîne de journaux quotidiens gratuits comme « 20 Minutes » en espérant atteindre la rentabilité après cinq ou six ans d’exploitation déficitaire, il risque plusieurs centaines de millions sans garantie de retour car aucune étude ne peut prévoir ce que seront les médias dans dix ans, ni même dans cinq ans. Quand un constructeur automobile lance un nouveau modèle, quelle garantie peut-il donner à ses actionnaires quant à son succès commercial ?
Dans un univers aussi concurrencé, aussi saturé et aussi évolutif que celui des pays développés aujourd’hui, toutes les entreprises prennent des risques commerciaux gigantesques. Tout investissement est à la merci d’une nouvelle technologie qui va le menacer, d’un concurrent plus puissant, d’une erreur de marketing, d’un changement d’humeur du consommateur… Il est là le vrai risque ! Et il porte souvent sur des volumes considérables. D’ailleurs, ce risque est si coûteux qu’aucune société d’assurances n’a jamais songé à le couvrir.
Dans la plupart des pays en voie de développement, ce risque commercial est extrêmement réduit et toutes les autres menaces, si souvent évoquées pour justifier les refus de financement, peuvent être, soit couvertes par des assurances, comme par exemple les risques politiques ou météorologiques, soit maîtrisées à des coûts tout à fait supportables, comme les risques techniques ou sanitaires.
La perception du danger est très subjective. Il y a infiniment plus de risques à conduire sa voiture sur son trajet habituel que de contracter la grippe aviaire ou de périr dans un attentat. Chacun le sait. Les statistiques sont connues et régulièrement répétées. Pourtant, à la première alerte, on cessera de manger du poulet ou on annulera son voyage en Egypte, sans même songer un instant à limiter ses déplacements en voiture, et moins encore à modifier son comportement sur la route.
Il en va de même en économie. On accepte parfaitement qu’une nouvelle entreprise européenne sur deux disparaisse dans ses cinq premières années d’activité, mais le récit de tel ou tel aventurier qui aurait perdu ses économies en essayant d’entreprendre en Afrique glacera le sang et le porte-monnaie de tout investisseur…
Il est difficile de lutter contre cette distorsion de la réalité.
|